Des soirées plus longues et plus lumineuses, ça semble tentant. Mais l’heure d’été appliquée toute l’année pourrait avoir des conséquences importantes sur notre cycle naturel veille-sommeil. Une nouvelle étude américaine montre combien d’enfants seraient ainsi contraints de se déplacer dans l’obscurité le matin. Derrière cela se cache une question fondamentale de chronobiologie : dans quelle mesure notre corps a-t-il besoin de la lumière naturelle du matin pour rester synchronisé ?
L’heure d’été : quand l’horloge ne correspond plus à notre rythme naturel
Nous venons de passer à l’heure d’été. Deux fois par an, nous réglons nos montres. Au printemps, nous les avançons d’une heure ; à l’automne, nous revenons à l’heure d’hiver. Pour beaucoup de gens, ce changement d’heure est avant tout une nuisance. Il perturbe le sommeil, rend le réveil plus difficile et peut donner l’impression, pendant plusieurs jours, que notre rythme quotidien est déréglé.

D’un point de vue chronobiologique, cependant, cette solution n’est pas sans poser de problèmes. Si nous pourrions profiter de soirées plus longues et plus lumineuses, le soleil se lèverait en conséquence plus tard en hiver. C’est précisément ce manque de lumière matinale qui pourrait poser problème à notre horloge biologique. Une nouvelle étude de l’université de Washington illustre particulièrement bien les conséquences potentielles en examinant les routines scolaires quotidiennes des enfants.
Des milliards de trajets scolaires supplémentaires dans l’obscurité
Les chercheurs américains ont étudié les effets que l’heure d’été appliquée toute l’année pourrait avoir sur les enfants qui doivent se rendre à l’école le matin. Pour ce faire, ils ont analysé des données sur l’emplacement des établissements scolaires, les effectifs d’élèves et les horaires de début des cours dans plusieurs États américains. Le résultat est frappant : si l’heure d’été était en vigueur toute l’année, au moins deux milliards de trajets scolaires supplémentaires pourraient avoir lieu avant le lever du soleil aux États-Unis. Les scientifiques ont comparé le projet d’heure d’été permanente au système actuel, dans lequel les horloges sont ramenées à l’heure d’hiver à l’automne.
Des changements particulièrement significatifs ont été observés dans certains États. Pour l’État de Washington, l’équipe a calculé près de 35 millions de trajets scolaires supplémentaires effectués dans l’obscurité. En Géorgie, ce chiffre atteignait environ 71 millions. Les chercheurs ont également examiné les accidents de la route impliquant des enfants d’âge scolaire. Ils ont constaté que les accidents mortels impliquant de jeunes piétons étaient environ deux fois plus fréquents les matins sombres qu’après le lever du soleil. Ces résultats ont été publiés dans la revue *Current Biology*. Bien que l’étude se concentre sur les États-Unis, la question sous-jacente revêt une importance internationale : lorsque les horaires de la société sont décalés de manière permanente par rapport à la position naturelle du soleil, cela peut avoir des répercussions sur la sécurité, le sommeil et les rythmes biologiques.
Notre horloge interne n’est pas synchronisée avec notre montre-bracelet
Il y a une raison simple pour laquelle un décalage horaire d’une heure peut affecter l’organisme : notre corps dispose de son propre système de chronométrage biologique. Cette horloge interne est appelée « horloge circadienne ». Elle contrôle de nombreux processus qui se répètent environ toutes les 24 heures. Parmi ceux-ci figurent le cycle veille-sommeil, la température corporelle, la sécrétion de diverses hormones, le métabolisme et les variations du niveau de vigilance.

La lumière du matin joue un rôle particulièrement important à cet égard. Elle aide l’organisme à amorcer la journée biologique et à synchroniser régulièrement l’horloge interne avec le déroulement réel de la journée. Le soir, le système fonctionne dans le sens inverse : à mesure que la lumière diminue, l’organisme se prépare généralement à la nuit. La sécrétion de mélatonine, l’hormone du sommeil, augmente, tandis que la vigilance et l’activité diminuent progressivement. Notre horloge interne n’est donc pas régie par l’heure indiquée par l’horloge, mais principalement par les conditions de lumière naturelle.
Pourquoi la lumière du matin est-elle si importante pour le rythme circadien ?
La lumière est le principal repère externe pour notre horloge interne. La lumière du jour matinale, en particulier, joue un rôle central dans la synchronisation du rythme circadien. Lorsque les yeux sont exposés à une lumière du jour vive après le réveil, le cerveau reçoit un signal clair indiquant que la nouvelle journée a commencé. Cela permet de régler l’horloge interne sur le déroulement de la journée.
Sans cette lumière, le rythme biologique peut se décaler vers plus tard. Cela signifie que le corps peut ressentir la fatigue plus tardivement et mettre également plus de temps à se mettre en route le matin. La lumière artificielle en soirée peut également influencer ce processus. Une lumière vive en fin de soirée peut inhiber la sécrétion de mélatonine et retarder l’heure naturelle d’endormissement.
Par conséquent, ce n’est pas seulement le nombre d’heures de sommeil qui est déterminant, mais aussi le moment où nous sommes exposés à la lumière et à l’obscurité. Une heure d’été permanente signifierait, surtout en hiver, que de nombreuses personnes resteraient plus longtemps dans l’obscurité le matin tout en étant exposées plus longtemps à la lumière artificielle ou naturelle le soir. D’un point de vue chronobiologique, cette combinaison peut s’avérer défavorable.
Heure d’été ou heure d’hiver : quelle est la meilleure pour l’organisme ?
Dans le débat sur la suppression du changement d’heure, deux options sont souvent mises en balance : l’heure d’été permanente ou l’heure d’hiver permanente. Avec l’heure d’été toute l’année, les horloges resteraient une heure en avance sur l’heure d’hiver réelle. En hiver, le soleil se lèverait donc plus tard. En contrepartie, il ferait jour plus longtemps l’après-midi et le soir. L’heure d’hiver permanente, en revanche, est plus étroitement alignée sur la position naturelle du soleil. L’aube et le lever du soleil surviennent plus tôt sur l’horloge, tandis qu’il fait nuit plus tôt le soir.

Que se passe-t-il lorsque le temps biologique et le temps social divergent ?
En chronobiologie, ce phénomène est appelé « désalignement circadien » ou « désynchronisation circadienne ». Il se produit lorsque l’horloge biologique interne n’est plus bien alignée sur les exigences externes de la vie quotidienne. Des facteurs tels que les horaires de travail matinaux, le travail posté, les horaires de sommeil irréguliers ou une répartition défavorable de la lumière et de l’obscurité peuvent y contribuer. Un exemple bien connu est ce qu’on appelle le « décalage horaire social ». Dans ce cas, les heures de coucher et de réveil diffèrent considérablement entre les jours ouvrés et les jours de congé. En conséquence, l’organisme doit s’adapter à plusieurs reprises à des horaires différents.
Un passage permanent à l’heure d’été pourrait aggraver ce décalage chez les personnes qui doivent se lever tôt le matin. Alors que l’horloge sociale impose déjà un début de journée précis, le rythme biologique peut encore se trouver dans une phase plus tardive. Cela peut se traduire, entre autres, par une fatigue matinale, des difficultés à sortir du lit et une baisse des performances. Les personnes ayant un chronotype tardif peuvent être particulièrement touchées. Elles se fatiguent naturellement plus tard et ont plus de mal à se mettre en route le matin. Pour elles, un début de journée précoce imposé par la société peut de toute façon constituer un défi.
Les enfants et les adolescents ont besoin de repères lumineux particulièrement fiables
L’étude de l’université de Washington porte principalement sur les enfants et les adolescents. Cela s’avère particulièrement intéressant d’un point de vue chronobiologique. À la puberté, l’horloge interne se décale vers plus tard chez de nombreux adolescents. Ils se fatiguent plus tard dans la soirée et aimeraient souvent faire la grasse matinée. Parallèlement, l’école commence souvent à une heure fixe et précoce. Un passage permanent à l’heure d’été pourrait compliquer encore davantage cette situation si le trajet à pied vers l’école en hiver se fait encore davantage dans l’obscurité.

Le débat ne concerne pas uniquement les États-Unis
Aux États-Unis, un débat fait rage depuis des années sur la suppression du changement d’heure biannuel. Le projet de loi dit « Sunshine Protection Act » vise à instaurer l’heure d’été permanente. Cependant, sa mise en œuvre politique reste en suspens. La nouvelle étude de l’université de Washington apporte des arguments supplémentaires au débat, car elle calcule les conséquences potentielles à partir de données spécifiques sur les trajets scolaires et la circulation. En Europe aussi, la question n’est en aucun cas nouvelle. Le Parlement européen s’est déjà prononcé en faveur de la suppression de l’heure d’été obligatoire en 2019. Cependant, les États membres n’ont jusqu’à présent pas réussi à s’accorder sur un plan de mise en œuvre commun.
La coordination entre les pays constitue ici un enjeu majeur. Des réglementations nationales différentes en matière d’heure pourraient, par exemple, compliquer les transports, le commerce et la coopération transfrontaliers. La question chronobiologique reste toutefois inchangée : quelle réglementation horaire s’aligne le mieux sur les conditions de lumière naturelle et le rythme biologique humain ?
Ce que nous pouvons faire nous-mêmes pour notre horloge interne
Que l’heure d’été soit finalement supprimée ou non, nous pouvons favoriser notre rythme circadien au quotidien. Il est particulièrement utile de s’exposer à la lumière du jour le plus tôt possible le matin. Même une promenade après le réveil ou le trajet pour se rendre au travail à la lumière du jour peut servir de repère important pour l’horloge interne de l’organisme. Des heures de coucher et de réveil régulières aident également l’organisme à développer un rythme stable. Ceux qui dorment plusieurs heures de plus le week-end que pendant la semaine risquent de perturber à plusieurs reprises leur rythme biologique quotidien.
Le soir, en revanche, il est conseillé de réduire l’intensité lumineuse. Une lumière vive, notamment celle des écrans et un éclairage intense de la pièce, peut perturber la préparation naturelle de l’organisme au sommeil. De plus, des repas réguliers et une activité physique peuvent contribuer à stabiliser divers rythmes biologiques de l’organisme. Il est important d’intégrer le cycle naturel jour-nuit dans sa routine quotidienne de la manière la plus efficace possible. En effet, notre horloge interne a besoin de signaux fiables pour coordonner le sommeil, l’activité et le métabolisme.
C’est le soleil qui donne le rythme, pas l’horloge
La nouvelle étude américaine montre que la décision d’adopter l’heure d’été permanente pourrait avoir des conséquences bien plus importantes qu’on ne le pensait initialement. Les enfants qui doivent se rendre à l’école tôt le matin, en particulier, pourraient être plus gravement affectés par un lever du soleil plus tardif. Mais ces résultats attirent également l’attention sur un principe fondamental de la chronobiologie : les êtres humains sont des êtres biologiques dont les horloges internes se sont adaptées au fil des millénaires au cycle naturel de la lumière et de l’obscurité.
Nos horaires sociaux ne peuvent pas modifier arbitrairement ce rythme sans créer de nouveaux défis. La question n’est donc pas simplement de savoir si nous préférerions des soirées plus longues et plus lumineuses en hiver. Ce qui est également crucial, c’est de savoir dans quelle mesure un emploi du temps correspond aux besoins biologiques de notre corps. Après tout, notre horloge interne n’est pas régie par ce qu’indique l’horloge ; elle est principalement régie par l’heure à laquelle le soleil se lève et celle à laquelle la nuit tombe.






